Lorrez face au choléra de 1830 à 1854 : B - La haute et belle mission des Comités d'hygiène publique

Lorrez face au choléra de 1830 à 1854  - par I. Michaut-Pascual (2020)

A Le contexte à l’arrivée du choléra
B La haute et belle mission des Comités d’hygiène publique
C L’épidémie de choléra à Lorrez en 1854

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B La haute et belle mission des 

Comités d'hygiène publique


 L’état des lieux du canton de Lorrez entre 1849 et 1854

Canton de Lorrez à cette période :
Ce canton correspondait alors aux communes de l’ancien canton de Lorrez que nous avons connu, sauf que Lorrez et Préaux n’avait pas fusionné. Soit Blennes, Chevry-en-Sereine, Diant, Egreville, Flagy, Lorrez-le-Bocage, Montmachoux, Paley, Préaux, Remauville, Saint-Ange-le-Viel, Thoury-Ferrottes, Vaux-sur-Lunain, Villebéon, Villemaréchal, Voulx.


Le Comité d’hygiène publique du canton

Il devient vraiment actif en 1849. Pour rappel, la loi sur l’hygiène et la salubrité qui est à l’origine de notre législation actuelle date de 1850.

Suite à un arrêté préfectoral du 16 juin 1949, le Comité du canton de  Lorrez le Bocage est formé le 27 juin par 5 membres et s'y réunit dans la Maison commune, pour accepter leur mission. Il y a le maire de Lorrez M. Pascal, le médecin d'Egreville M. Azum, l'officier de santé de Voulx M. Morage, le pharmacien d'Egreville M. L'Huillier, l'ancien maire d'Egreville M. Gatouillat-Daumesnil et Achille Lez conducteur des Ponts et Chaussées.

Notes
Maison commune : c’est une maison qui occupait la place de la mairie d’aujourd’hui. Elle s’appelait Hôtel de ville sur un plan de 1786 (avant la Révolution). Elle prend ce titre de Maison commune dès 1790 et elle abritera aussi l’école des garçons et la Justice de Paix, ce qui est le cas en 1848.
Jean Baptiste Pascal (officier de santé puis chirurgien en 1847 puis médecin en 1852) : adjoint au maire de Lorrez à partir du 23 nov 1840, il est nommé maire le 10 mai 1847 (nomination par le préfet à l’époque), fonction qu’il gardera jusqu’au 25 juillet 1869 (il meurt 3 mois plus tard).
Denis Azum : médecin à Egreville
Antoine Gatouillat-Dumesnil : ancien régisseur du château d’Egreville, il fut maire d’Egreville de février 1835 à 1841.
Achille Lez : conducteur des Ponts et Chaussées, hydrogéologue, aquarelliste et constructeur en 1888 de la maison qu’il donnera à sa mort pour en faire un musée – maison qui sera musée jusque dans les années 60, et appartement pour des enseignants de Lorrez, puis cette maison deviendra ensuite Centre des impôts à Lorrez. D’où le nom de la rue « du Musée ».
M. Morage : officier de santé à Voulx. Les officiers de santé étaient des « sous-médecins » : ils avaient la fonction et ils étaient nommés par une commission départementale mais n’avaient pas leur doctorat en médecine
M. L’Huillier : pharmacien à Egreville
 
 

1 La réunion du Comité du 1er août 1849 à Lorrez

Ils commencent à travailler en août...


Transcription (fautes et accents recopiés à l'identique)
Le 1er août l’an 1849,
A une heure après midi,

Les membres du Comité d’Hygiène Publique du canton de Lorrez se sont réunis dans la salle de la Maison commune de Lorrez, sous la présidence de M. Gatouillat-Dumesnil, vice-président en l’absence de M. Pascal maire.

Etaient aussi présents :
M. M. Azum, Morage, Lez, membres du susdit comité et L’Huillier secrétaire.

La Commission après avoir délibéré considérant
1° Que bien que l’état sanitaire du canton de Lorrez soit quant à présent satisfaisant, il n’en existe pas moins des causes qui pouraient déterminer dans tous les cas, des affections graves et notamment augmenter l’intensité de l’épidémie régnante si elle venait à se manifester.

2° Que parmi ces inconvénients on doit signaler :
· l’existence de cimetières qui sont en communication avec les habitations.
· La réunion d’eaux stagnantes et d’excréments près du seuil des maisons.
· Le séjour en plein air et souvent près des villages, d’animaux morts et en putréfaction.
· Enfin, les dépots de matières animales dans les rues, soit par les bouchers,soit par les maréchaux ferrants.

Pense qu’il y à lieu de soumettre à l’Administration les propositions suivantes :

1° La translation des cimetières en dehors des villages pouraient avoir lieu dans un bref délai si on se bornait à acquérir le terrain nécessaire et à en clôre temporairement une partie par une palissade en planches, de cette manière la dépense serait très minime et les communes pouraient successivement d’années en années faire construire des murs qui auraient pour résultat la clôture définitive des cimetières.

2° Les eaux qui séjournent avec le fumier près des habitations, seraient beaucoup moins insalubres, si au lieu d’occuper une grande surface, elles étaient contenues dans un trou placé autant que possible, dans la partie la plus reculée de l’habitation ; il conviendrait aussi que ce trou fut recouvert par le fumier.

3° Il conviendrait aussi d’apporter plus de promptitude à faire enfouir les animaux morts qui séjournent presque toujours dans les campagnes et qui servent de pâture aux animaux errants.

4° On ne saurait trop recommander l’execution des rêglements qui existent déjà sur l’enlèvement des matières animales qui séjournent dans les abattoirs.
Il serait utile d’appliquer cette mesure aux maréchaux ferrants qui souvent laissent sur la voie publique le sang des animaux traités par eux.

La Commission croit devoir signaler à l’autorité les inconvénients qu’il y à pour l’hygiène privée des habitants des campagnes, de faire usage de linge lavé dans des eaux fétides et de séjourner dans des habitations humides et privées d’air où des murs malpropres laissent dégager des miasmes putrides.

Il conviendrait pour remédier à ces inconvénients d’engager les habitants :
1° A passer leur linge dans des eaux propres
2° A établir pendant leur absence, un courant d’air dans leur maison.
3° Enfin à faire blanchir à la chaux les murs et planchers qui sont dans un état de malpropreté

Sur l’observation de quelques-un de ses membres, la Commission se propose de signaler à l’Administration, lors de sa prochaine réunion, les localités qui lui paraîtront devoir nécessiter l’application immédiate des moyens ci-dessus indiqués.

A Lorrez les jour et heure susdits 
 
Signent : 
                                    Azum            à côté et dessous Denis ?                Gatouillat-Daumesnil
 

 

 


 

              Achille Lez                                                                                     L Huillier et Morage



2) Situation en 1851


Le Comité émet un autre état des lieux (par les mêmes auteurs) qui ne signale guère de changement, mais commence ainsi :

 l’état sanitaire du canton de Lorrez est satisfaisant, mais cependant il existe sur plusieurs endroits du territoire des causes qui peuvent déterminer de grands accidents.

Ce sont : l’agglomération des eaux pluviales et des égoûts près des habitations, le manque d’enfouissement des animaux morts, la fatale habitude du fumier, proche et dans (sic) les habitations, les matières animales et le sang dans les rues (bouchers et maréchaux-ferrants).


Enfin il reste la contiguité des cimetières et des maisons : le dépôt d’un cadavre dans la terre humide ou trempée d’eau donne lieu a une décomposition anormale qui se traduit par l’apparition de gaz dont les résultats ne peuvent qu’être funestes aux habitants. Le contact des eaux pluviales ou d’égouts, qui baignent souvent les murs des cimetières ne saurait être salutaire pour servir d’abreuvoir et cependant il existe des communes où les bestiaux ne se désaltèrent que dans ces grands foyers de corruption. Ce qui est le cas pour Egreville, est-il souligné, la Commission l’aurait déjà rapporté 6 mois plus tôt...

Par contre, en signant , M. Lez signale qu’il ne partage pas l’opinion de ses collègues sur Egreville.

 


3) Une enquête nationale : le canton en 1853


En 1853, en plus des Comités d’hygiène cantonaux, la préfecture demande de créer des commissions communales des logements insalubres pour répondre à une enquête poussée.

Sur les 17 communes du canton de Lorrez, seule Montmachoux crée une commission qui constate comme les autres que... tout va bien ! Un seul bâtiment insalubre existe dans tout le canton, il est bien connu : c’est la maison d’école de Flagy et c’est l’unique batiment insalubre répertorié dans le canton.

Les autres communes du canton, dont Lorrez, répondent que ces commissions communales sont donc tout à fait inutiles - vu qu’aucune maison dans leur village est insalubre.

 


4) L’urgence à l’été 1854


Depuis 1830, le choléra n’avait jamais atteint Lorrez, mais l’Instruction du préfet M. Bourgoin du 20 juillet 1854 arrive point nommé à Lorrez le 30 juillet (cf 1e article sur le choléra).

D’après les statistiques relevées à l’époque (voir les Statistiques du choléra - 1e article sur le choléra), Nemours prévient de son premier décès du choléra le 21 juin 1854. Thoury-Ferrottes et Lorrez font partie des premiers villages touchés aux alentours.

On dénombre à Lorrez des décédés du choléra du 23 juillet jusqu’au 1er octobre. Ces chiffres sont-ils fiables ? L’administration les relève d’après les déclarations des médecins, des communes et de la Commission d’hygiène cantonale. On voit bien que tous les villages ne répondent pas, ainsi pour Diant, Montmachoux, Préaux, Saint-Ange-le Vieil, Vaux sur Lunain : aucune donnée ! Quant aux communes qui ont répondu à cette enquête statistique, difficile d’être affirmatif sur la fiabilité de ces résultats : au moins, les décès annoncés donnent a minima l’idée de cette épidémie...

Donc, cette fameuse Instruction du 30 juillet 1854, où le préfet demande aux maires de faire des stocks de laudanum et d’amidon soit à la mairie soit au presbytère, où il est demandé aussi aux membres des Commissions communales des logements insalubres (et du Conseil d’hygiène du canton pour Lorrez), de se réunir et d’assister le maire, les médecins, les pharmaciens, idem pour le curé et l’instituteur et toute personne de bonne volonté : il s’agit de se partager le territoire par secteur et hameaux. Cette Instruction arrive à Lorrez 8 jours après le 1er mort du choléra, l'épidémie est déjà là.

Le 2 août, la préfecture demande au Conseil cantonal de se partager la surveillance du canton. En voici le résultat dans sa réunion du 6 août :

1) un service de visite à domicile avec des conseils dispatchés aux familles des malades

2) un territoire cantonal divisé sous la surveillance d’ un membre :

Sous la surveillance de Monsieur Pascal Président,
    Lorrez-le-Bocage, Paley, Saint Ange.
Sous la surveillance de Monsieur Leame Vice Président à qui est adjoint Monsieur Prat,
    Egreville, Remauville, Villebéon.
Sous la surveillance de de Monsieur Lez,
    Vaux sur Lunain, Blennes, Chevry en Sereine
Sous la surveillance de Monsieur Blondeau,
    Voulx, Ferrottes, Dian, Flagy, Montmachoux, Noisy le sec [Noisy-Rudignon].
Sous celle de Monsieur Verillotte,
    Préaux et Villemaréchal
 
 

 

 

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