Lorrez face au choléra de 1831 à 1854 : C - L'épidémie
Lorrez face au choléra de 1830 à 1854 - par I. Michaut-Pascual (2020)
A Le contexte à l’arrivée du choléra
B La haute et belle mission des Comités d'hygiène publique
C L’épidémie de choléra à Lorrez en 1854
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C L'épidémie de choléra à Lorrez en 1854

Hameau du Grand Creilly en 1787 (terrier du château)

1 Faire parler la courbe des décès
D’un seul coup d’œil, en regardant la courbe des décès de Lorrez, on voit qu’aucune épidémie en 1832 ne touche Lorrez. Ce que confirment les statistiques parvenues à la préfecture (cf 1er article de cette série sur le choléra). Idem en 1849. Par contre, on repère une autre maladie qui sévit à l’été 1839 : les décès sont doublés voire triplés. S’agit-il de gastro-entérites (qu’on appelait aussi cholérine) ou quelqu’autre engeance qui amenait alors la mort ?
Cette courbe est claire : en 1854, c’est une hécatombe, avec un grand pic très marqué de 66 décès l’an, au lieu des 10 à 20 décès/an habituels. Les statistiques de la préfecture donne une période pour l’épidémie à Lorrez : du 23 juillet au 1er octobre.
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| Courbe des décès à Lorrez de 1832 à 1860 |
Dans les 2 villes voisines, à Egreville et Voulx, de 1851 à 1854 : l'épidémie n'atteint pas la même puissance, le nombre de morts est quand même doublé.
Les 2 lignes rouges englobent les dates de l’épidémie déclarées lors de l’enquête statistique sur 1854 : du 23 juillet au 1er octobre 1854.
Les couleurs de la police d'écriture permettent de repérer différentes familles : marron famille Desmurs, vert clair famille Péroux, bleu famille Duthé, d'autres pourraient être reliés comme les Davoigneau ou les Fontenoy...
On sait aujourd’hui que le choléra passe par l’eau ou des aliments contaminés par des vibrions cholériques. Quels sont les points d’eau au Grand Creilly à l’époque ?

Le hameau du Grand Creilly en 1833 (cadastre napoléonien)
Détails des mares et puits du Grand Creilly sur les 2 feuilles de Creilly: 
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Au centre, du hameau sur
le bord du chemin de Lorrez, autrefois appelé chemin du « puis Aubry » ou du « puis au Bery » |
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Le "chemin de Lorrez" de 1854 s'appelle alors le "chemin du Puis Aubry" mais on retrouve une autre appellation sur le plan général : le "puis au Béry" (Béry est un nom de famille ancien à Lorrez). Ce puits est sur le côté d'un chemin arboré, il est représenté par un rond traversé d'une sorte de S incliné.
Quant à la mare au sud entre le Grand et le Petit Creilly, elle est au même endroit elle aussi en 1786.
Le Petit Creilly avait son puits et une mare sans besoin de monter chercher l’eau jusqu’au Grand Creilly.
Petit Creilly 10 maisons et 11 ménages
On retrouve aussi plusieurs enfants en nourrice, nés sur Paris ou Montereau, ce qui amenait un petit plus pour le ménage. Les décès des nourrissons étaient fréquents : aussi, comment savoir si un bébé avait le choléra avant d'arriver dans les familles des nourrices ? Couches et vêtements par la suite étaient récupérés après lavage, et non détruits : c’était un apport non négligeable. Certains parents d’ailleurs les réclamaient. Mais ces couches d'un bébé mort du choléra ont pu être à l’origine de l’épidémie.
On
peut remarquer le 23 juillet que l'un des premiers décès est celui d’un bébé,
Camille Florence Monmorin, née à Paris 8, rue des Martyrs, 4 mois et 19 jours avant. Elle était fille naturelle de Jeanne Monmorin, et placée chez Isidore Davoigneau et sa femme Honorine Bezout (leur fille
Clémence âgée d’un an mourra en septembre et sa grand-mère Marie
Espérance Bréon aussi). Or, la plupart des familles où ont lieu des
décès sont voisines des Davoigneau : leur maison est au centre du hameau. Ainsi son voisin Péroux qui est témoin pour ce décès. Pour confirmer une hypothèse de "contagiosité", il faudrait connaître les malades du choléra qui ont guéri et savoir quand ce bébé était arrivé chez eux, et aussi, savoir si sa mère était décédée du choléra : à ce jour, pas de décès retrouvé ni aucune trace de sa mère ni à Paris, ni ailleurs.
Pierre Alexandre Desmurs (68 ans, c’est celui qui meurt le plus tard : le 19 septembre) avait fait plusieurs années d’armée et s’était marié à son retour s’installant après à Creilly. En 1851, il est dit manouvrier et propriétaire de sa maison. Il y vit avec sa femme Marie Madeleine Benoist (62 ans, meurt le 9 septembre 1854), et deux fils l’un de 22 ans, l’autre de 17 ans, tous deux journaliers.
Il manque 2 autres fils sur ce tableau, fils qui sont bel et bien présents chez les parents Desmurs/Benoist à Creilly au recensement de 1851 : Joseph Simon Desmurs 22 ans journalier (donc, serait né en 1829) et Amédée Desmurs 17 ans journalier (donc, serait né en 1834).
Mais pas d’enfant né à Lorrez chez ce couple en 1829. Et un autre fils est né en juin 1834 et déclaré Jean-Louis à la naissance : aurait-il été par la suite surnommé Amédée ? Et aucun décès avec ces prénoms...
La femme de Pierre Alexandre Joseph, Marie Anne Cochain, meurt le 5 septembre « à Lorrez » d’après le 2e acte de mariage à Chéroy en 1855. Mais aucune trace de ce décès à Lorrez... En fait, ils doivent habiter à cette époque, à côté, à La Charmoye (hameau de Villemaréchal voisin de Creilly), car son décès le 5 septembre est déclaré à Villemaréchal. Sur les Statistiques du choléra, il apparait effectivement un unique décès du choléra dans cette commune.
François Desmurs (24 ans) meurt le 13 septembre. Quant à sa femme Marie Sophie Niclot (21 ans) elle était morte le 29 août juste après la tante Marie. Leur fils Alfred Simon âgé de 6 mois est emmené en nourrice à Ville Saint Jacques dans la famille Niclot.
Un autre décès concerne un enfant vivant en nourrice chez Louis Auguste Desmurs/Marie Anne Arveau : Charles Edouard DARSSAC né à Paris, âgé d’1 an, il est en nourrice chez Louis Auguste et il meurt le 9 septembre.
Et enfin, Alfred Simon Desmurs, emmené trop tard chez son oncle Niclot à Ville Saint Jacques : il meurt le lendemain du décès de son père le 14 septembre à 7 mois 1/2.
Cette épidémie ancienne a marqué les esprits profondément que ce soit dans notre vocabulaire ou notre société. Bien avant les progrès de la médecine... elle a fait réfléchir sur nos comportements, nos gestes et leur impact environnemental.
Dans les conséquences immédiates bien connues, citons la loi du 13 avril 1850 sur l’hygiène et la salubrité, citons aussi le baron Haussmann, préfet de Paris en 1853, et les transformations si coûteuses des rues puantes du Paris du Moyen-âge en grandes voies aérées.
Devant le pire, il nous reste toujours la capacité de plancher, d’inventer et d’aller vers une évolution meilleure pour tous.
















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