Blennes - Lorrez le Bocage : épidémies de choléra 1832 et 1854

 Blennes - Lorrez le Bocage : les épidémies de choléra de 1832 et 1854

par Jean LEBRET 

 

Cette courte étude s’appuie sur un article de Patrice Bourdelais, Michel Demonet et  Jean-Yves Raulot paru dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations (33année, N. 1, 1978. pp. 125-142), intitulé " La marche du choléra en France : 1832-1854".

 

            Le choléra a frappé la France en 1832 et en 1854. La maladie aurait tué 102 000 personnes en 1832 et 143 000 en 1854. L’épidémie de 1832 a atteint notre région en avril pour s’éteindre en octobre. En 1854, l’épidémie apparaît en juillet pour s’atténuer en décembre.

            Si le village de Blennes n’a été que modérément touché par ces deux épidémies, la petite ville voisine de Lorrez-le-Bocage  l’a été fortement  en 1854.

Dans le tableau suivant, on trouve le nombre de décès à Blennes pour l’année 1832 ainsi que ceux des 3 années précédentes et des 3 années suivantes et le nombre de décès à Blennes et à Lorrez pour l’année 1854 et  ceux des 3 années précédentes et des 3 années suivantes.


 

 

Pour Blennes

 

            Moyenne des décès des 6 années entourant 1832 : 14

            Moyenne des décès des 6 années entourant 1854 : 18

            Surmortalité apparente de 1832 : 20 / 14 = 1, 43

            Surmortalité apparente de 1854 : 29 / 18 = 1, 61

 

Le calendrier mensuel de la mortalité à Blennes : 

 

        L'examen de ce calendrier peut laisser un doute sur l'importance de la surmortalité due au choléra à Blennes en 1832 : Il y a quand même eu 7 morts aux mois d'avril, mai et juin. Il y a bien eu surmortalité cholérique en 1854 avec 10 morts pour les mois de juillet, août et septembre et surtout 6 pour le seul mois d'août.

            Rappel : L'épidémie est arrivé dans notre région au mois d'avril en 1832 et au mois de juillet en 1854.

 

 

Pour Lorrez-le-Bocage

 

            Manifestement la mortalité n’était pas revenu à son niveau habituel en 1855. Nous avons donc légèrement modifié le calcul précédent.

                        Moyenne des décès pour les 5 années entourant 1854 et 1855 : 20

                        Surmortalité 1854 : 66 / 20 = 3, 3

                        Surmortalité 1855 : 36 / 20 = 1, 8

            Dit autrement, pour ces deux années il y eut, 46 + 16, soit 62 Lorréziens de morts en trop en 1854 et 1855. Un bien lourd tribut ! En 1854, Blennes n’a eu à déplorer qu’un excès de 11 morts.

 

           Le calendrier de la mort à Lorrez en 1854 : 


Un bien cruel mois de septembre !

           L’épidémie frappe souvent les plus faibles : 12 enfants en nourrice moururent.

           L’épidémie frappe où elle veut, mais pourquoi plus précisément au hameau de Creilly !

           Au recensement de 1851, ce hameau comptait 198 habitants sur 905 pour la ville entière soit  22 % de la population. En 1854, sur un total de 66 morts, 39 habitaient Creilly, soit 59 % des morts… presque 3 fois son quota !

           Une famille de Creilly a été particulièrement touchée : Les Desmurs.

Desmurs François, âgé de 24 ans, meurt le 13 septembre ; sa mère, Benoist Marie Madeleine, âgée  de 64 ans, était morte 4 jours auparavant, le 9 septembre ; son père, Pierre Alphonse, meurt 6 jours après le  19 septembre. Son épouse, Niclot Marie Sophie, âgée de 26 ans,  était morte la première, le 29 août.

Desmurs Rosalie, 56 ans, et Desmurs Marie, 73 ans, habitaient la même maison à Creilly. La première est morte le 3 septembre ; la deuxième était morte quelques jours auparavant,  le 28 octobre.

Darssac Charles, âgé de 13 mois, était en nourrice chez Desmurs Louis. Il est mort le 9 septembre.

 

Conclusion  

que nous empruntons à l’article cité en tête : 

 

On assiste donc, en  1832 et en  1854, à l'extension, à l'épanouissement  des épidémies de choléra pendant les saisons« chaudes ». La première est cependant plus précoce d'environ  deux mois, elle se propage  à partir de la capitale et ne dépasse pas les limites d'un large Bassin parisien. En revanche, celle de 1854, sortie plus tardivement des murs de Paris, se répand en« tache d'huile» à partir de deux foyers (la Haute-Marne/la Haute-Saône, et les Bouches-du-Rhône), frappant sévèrement à la fois le Nord-Est et le Midi du pays. Moins célèbre que son illustre prédécesseur, le choléra de 1854 a donc étendu son influence à toute la moitié orientale de la France, et avec une violence beaucoup plus affirmée qu'en 1832 puisque dans les départements concernés, pendant les huit mois d'épidémie, les décès doublent en 1832 et quadruplent en 1854. Quant à la diffusion du mal, si l'eau peut jouer un rôle de tout premier plan à l'échelle locale, on ne saurait lui attribuer dans la plupart des cas la responsabilité de la propagation à longue distance. Le meilleur vecteur à « longue portée » est incontestablement l'homme. Toutes les personnes qui se déplacent, qu'elles soient nourrices, ouvriers migrants, ou soldats en mouvement, peuvent être des agents de contamination. 

 

 


Donc, si vous ressentez les premiers symptômes du choléra, M. le préfet vous conseille de ne pas manger et de prendre une infusion bien chaude de tilleul ou de mélisse...

 

En 1862 fut publié un important travail statistique concernant le choléra sous l'intitulé Document publié sous l'égide du ministère de l'agriculture et du commerce. Ce document fournit, entre autres, le nombre de mort du choléra par commune et par mois pour  de l'année 1854.

 


 

 

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